Ondes cérébrales et hypnose : comment mesurer la profondeur de transe
En février 2025, une équipe de l’Université de Zurich a publié une étude consacrée aux modifications cérébrales observées sous hypnose.

Ondes cérébrales et hypnose: comment mesurer la profondeur de transe
En combinant IRM fonctionnelle, électroencéphalogramme et spectroscopie par résonance magnétique, les chercheurs ont décrit des variations de l’activité dans plusieurs régions impliquées dans l’attention et la perception corporelle, ainsi qu’une augmentation de l’activité dans la bande thêta.
Ce type de résultat nourrit une question qui revient souvent en cabinet: peut-on mesurer objectivement la profondeur d’une transe? La réponse est oui, mais seulement si l’on précise ce que l’on mesure. Un EEG enregistre une activité électrique. Une IRMf montre des variations locales ou des relations entre réseaux. Un indice comme le BIS produit un score synthétique. Aucun de ces outils ne fournit, à lui seul, un thermomètre universel de l’hypnose.
La recherche sur les ondes cérébrales et l’hypnose comme mesure scientifique avance donc sur deux lignes à la fois. Elle identifie des corrélats observables de l’état hypnotique, tout en rappelant qu’un tracé cérébral ne suffit pas à résumer l’expérience vécue par une personne.
La signature électrophysiologique: un régime d’ondes, pas un interrupteur
L’électroencéphalogramme — ou EEG — capte l’activité électrique produite par les populations de neurones grâce à des électrodes placées sur le cuir chevelu. Le signal obtenu est ensuite analysé selon plusieurs bandes de fréquence. Cette décomposition ne signifie pas que le cerveau fonctionne avec une seule fréquence à la fois: les différentes activités se superposent et leur importance relative varie selon la tâche, l’état de vigilance, l’attention et le contexte.
À l’état d’éveil ordinaire, l’EEG comporte notamment une activité bêta, généralement située dans les fréquences les plus rapides étudiées en pratique clinique et expérimentale. Cette activité est associée à l’attention dirigée vers l’extérieur, au raisonnement et au traitement d’informations explicites. Elle ne correspond pas mécaniquement au stress, pas plus que sa présence ne prouve une absence de relaxation.
Les ondes alpha, souvent situées entre 8 et 12 Hz, apparaissent fréquemment dans les états de repos éveillé, notamment lorsque l’attention se détourne partiellement des stimulations extérieures. Elles peuvent accompagner une détente vigilante, une absorption intérieure ou certaines formes d’imagerie mentale. Leur interprétation dépend toutefois de la région cérébrale étudiée, de la position des électrodes et de la tâche demandée.
Les ondes thêta, généralement comprises entre 4 et 8 Hz, sont souvent observées lors de l’imagerie mentale, de la mémorisation, de l’intériorisation et de certaines phases de transition entre veille et sommeil. Plusieurs travaux consacrés à l’électroencéphalogramme et à l’hypnose ont relevé une augmentation de l’activité thêta ou une modification de son organisation pendant l’induction hypnotique. Cette observation fait partie des marqueurs régulièrement étudiés, sans constituer pour autant une preuve suffisante de la profondeur de transe.
L’erreur la plus courante consiste à transformer ces bandes de fréquence en niveaux fixes de conscience. Une augmentation de la thêta ne signifie pas que la personne dort. La présence d’alpha ne prouve pas davantage qu’elle se trouve dans un état hypnotique. L’EEG décrit une dynamique électrique, pas une étiquette psychologique prête à l’emploi.
Les ondes delta, associées notamment au sommeil lent lorsqu’elles deviennent dominantes, doivent être interprétées avec la même prudence. Leur apparition ponctuelle dans un tracé ne permet pas de conclure que le sujet a atteint une transe plus profonde. L’hypnose n’est pas un escalier qui conduirait progressivement de la veille aux ondes delta. Il s’agit plutôt d’une modification de l’attention, de l’absorption et du traitement des informations, dont les manifestations électriques varient selon les individus.
Sous hypnose, l’EEG ne montre pas une extinction de la conscience: il révèle une réorganisation de l’activité, avec une place différente accordée aux rythmes alpha, thêta et bêta.
Ce que l’EEG peut réellement mesurer
L’EEG présente un avantage décisif: sa résolution temporelle est très fine. Il permet d’observer comment l’activité cérébrale évolue pendant une induction, une suggestion, une tâche d’imagerie ou une phase de retour à l’état ordinaire. Il est donc particulièrement utile pour comparer plusieurs moments d’une même séance.
Son interprétation reste pourtant délicate. Les électrodes placées sur le cuir chevelu enregistrent un signal global, affecté par les mouvements des yeux, les contractions musculaires, la respiration et les déplacements de la personne. Un clignement, un froncement de sourcils ou une tension de la mâchoire peuvent modifier le tracé. La qualité de la mesure dépend aussi du nombre d’électrodes, de leur position et du traitement informatique appliqué aux données.
L’analyse ne se limite pas à regarder quelle bande domine. Les chercheurs peuvent étudier:
- la puissance relative de chaque bande de fréquence;
- la synchronisation entre différentes régions;
- la variabilité du signal au cours de la séance;
- la manière dont l’activité change au moment d’une suggestion;
- les différences entre un état de repos, une tâche d’imagerie et une induction hypnotique.
Ces paramètres apportent des informations complémentaires, mais aucun ne correspond directement à une profondeur mesurable sur une échelle universelle. Un sujet peut rester très immobile et produire un tracé compatible avec une forte relaxation sans rapporter une expérience hypnotique marquée. À l’inverse, une personne qui vit une absorption intense peut présenter une activité électrique moins spectaculaire.
C’est pour cette raison que les recherches comparent souvent plusieurs conditions: repos yeux ouverts, repos yeux fermés, imagination guidée, hypnose avec suggestion et parfois tâche de contrôle. La comparaison est plus instructive qu’une lecture isolée d’un tracé.
De l’échelle de Stanford à l’IRMf: deux générations d’outils
Mesurer la profondeur de transe n’a pas commencé avec les scanners. Avant la neuro-imagerie, les chercheurs s’appuyaient surtout sur des réponses comportementales et subjectives standardisées.
L’Échelle de susceptibilité hypnotique de Stanford, ou SHSS, développée par Ernest Hilgard et André Weitzenhoffer, reste l’un des instruments historiques les plus connus. Dans sa forme classique, elle propose une série de suggestions standardisées: sensation de légèreté d’un bras, modification de la sensibilité, mouvement involontaire ou expérience imaginaire. Le score dépend de la réponse observée et rapportée par le participant.
Cette échelle ne mesure pas une activité électrique. Elle évalue plutôt la capacité d’une personne à répondre à des suggestions dans des conditions définies. Elle permet de comparer des groupes et d’étudier la stabilité relative de la réceptivité hypnotique, mais elle ne prédit pas mécaniquement la qualité d’une séance thérapeutique. Un score de susceptibilité faible dans un protocole expérimental ne signifie pas qu’une personne ne pourra jamais utiliser l’hypnose pour travailler sur une douleur, une habitude ou une anxiété.
L’arrivée de l’IRM fonctionnelle a ouvert un autre registre. L’IRMf ne mesure pas directement les influx électriques des neurones. Elle repère des variations liées à l’oxygénation du sang, utilisées comme indice indirect de l’activité de certaines régions cérébrales. Sa résolution spatiale est intéressante, mais son évolution temporelle est plus lente que celle de l’EEG.
Une étude de référence publiée par Jiang et ses collaborateurs en 2016 a comparé plusieurs états, dont l’hypnose, la situation de repos et une tâche d’imagerie mentale. Les chercheurs ont notamment observé des changements dans l’activité du cortex cingulaire antérieur dorsal, une région impliquée dans la détection des conflits, le contrôle attentionnel et la surveillance des erreurs.
L’intérêt de ce type de protocole ne réside pas dans la découverte d’un point unique qui serait le siège de la transe. Il permet plutôt d’étudier la manière dont différentes régions et différents réseaux se coordonnent. L’hypnose semble modifier la relation entre l’expérience subjective, l’attention et les mécanismes de contrôle. Cette modification peut varier selon la suggestion utilisée, le niveau de réceptivité et la consigne expérimentale.
L’index bispectral: un outil d’anesthésie déplacé en cabinet
L’index bispectral, ou BIS, est souvent cité lorsqu’il est question de mesurer la profondeur d’un état de conscience. À l’origine, il a été conçu pour la surveillance de l’anesthésie générale. Il combine plusieurs caractéristiques du signal EEG afin de produire un score compris entre 0 et 100: les valeurs élevées correspondent généralement à l’éveil, tandis que les valeurs plus basses sont associées à une sédation ou une anesthésie plus importante.
Ce score est pratique parce qu’il résume un signal complexe. Mais cette simplicité est aussi sa principale limite. Le BIS a été développé pour aider à suivre une perte de conscience pharmacologiquement induite. Il n’a pas été conçu pour distinguer les nuances d’un état hypnotique dans lequel la personne peut rester éveillée, répondre à la voix du praticien et maintenir une activité mentale organisée.
Une étude publiée en 2023 dans Frontiers in Human Neuroscience a utilisé la Harvard Group Scale, version collective d’une échelle de susceptibilité hypnotique, tout en mesurant le BIS avant et après une induction. Le score moyen a diminué après l’induction, passant approximativement de 97,7 à 86,4. Cette variation indique que l’appareil peut détecter une modification globale du signal. Elle ne permet pas de transformer le BIS en instrument autonome d’évaluation de la transe.
La différence avec l’anesthésie générale est essentielle. Dans une anesthésie chirurgicale, l’objectif est d’obtenir une perte de conscience et une diminution contrôlée de certaines réponses. En hypnose, la personne peut au contraire rester capable d’écouter, de comprendre, d’imaginer et de répondre. Un score qui baisse ne signifie donc pas que le sujet se rapproche d’un état anesthésique.
Les algorithmes du BIS sont sensibles à la composition spectrale du signal et à sa synchronisation. Ils peuvent interpréter une activité plus lente comme une diminution de la vigilance, alors que cette activité peut correspondre, dans un contexte hypnotique, à une absorption intérieure sans perte de contact avec le praticien.
Le BIS peut signaler qu’un état a changé. Il ne dit pas, à lui seul, ce que la personne vit ni quelle profondeur clinique attribuer à cette modification.
En cabinet, son usage éventuel doit donc rester expérimental ou pédagogique, et non servir de preuve définitive. Un praticien ne devrait pas annoncer à une personne qu’elle est « plus profondément hypnotisée » simplement parce qu’un nombre a diminué sur un écran.
Connectivité cérébrale et réseau du mode par défaut
Les neurosciences contemporaines s’intéressent de plus en plus aux réseaux cérébraux. Cette approche complète l’étude des bandes de fréquence: au lieu de demander seulement quelle région s’active, elle examine comment plusieurs régions communiquent et se coordonnent.
Le réseau du mode par défaut, souvent désigné par l’acronyme DMN, intervient notamment dans la pensée spontanée, la mémoire autobiographique, la projection mentale et la narration intérieure. Il n’est pas simplement le réseau du repos: il reste actif dans de nombreuses activités mentales complexes.
D’autres réseaux participent au contrôle exécutif, à l’orientation de l’attention et à la détection des stimuli pertinents. En situation hypnotique, les relations entre ces systèmes peuvent être modifiées. Certaines études ont décrit une modulation de l’activité du DMN et des changements dans sa coordination avec des réseaux impliqués dans le contrôle et l’attention.
Les résultats ne doivent cependant pas être transformés en scénario unique. Dire que le DMN est « désactivé » est généralement trop simplificateur. Dire qu’il se « déconnecte » entièrement des autres réseaux l’est tout autant. Les données portent sur des moyennes de groupe, des contrastes entre conditions et des mesures statistiques de connectivité fonctionnelle. Elles ne décrivent pas un câble qui serait physiquement coupé dans le cerveau d’un participant.
Les résultats rapportés par l’équipe zurichoise en 2025 doivent être lus dans ce cadre. Ils apportent des éléments sur les modifications de l’activité et de l’organisation fonctionnelle observées pendant l’hypnose, mais ils ne suffisent pas à établir une règle générale selon laquelle une transe profonde réduirait toujours la connectivité entre le DMN et les réseaux attentionnels dorsaux. Cette relation dépend du protocole, de la consigne, de la définition de la profondeur et des méthodes d’analyse.
| Élément étudié | Ce que l’outil peut indiquer | Ce qu’il ne permet pas d’affirmer seul |
|---|---|---|
| Activité alpha et thêta | Une modification de l’organisation des rythmes cérébraux pendant l’intériorisation ou l’absorption | Que la personne est nécessairement en transe profonde |
| Activité bêta | La présence d’un traitement actif de l’information ou d’une attention soutenue | Que la séance a échoué ou que l’hypnose est impossible |
| Activité du cortex cingulaire antérieur | Une variation dans des mécanismes liés au conflit et au contrôle attentionnel | La profondeur exacte de l’expérience subjective |
| Connectivité du DMN avec d’autres réseaux | Une évolution de la coordination fonctionnelle entre régions | Une désactivation complète ou une loi valable pour tous les sujets |
| Score BIS | Une modification globale du signal EEG | Une équivalence entre hypnose et sédation pharmacologique |
Cette distinction entre activité et connectivité est importante. Deux personnes peuvent présenter une augmentation similaire de la puissance thêta tout en mobilisant des réseaux différents. Inversement, une même expérience subjective peut s’accompagner de configurations cérébrales variées.
Pourquoi le ressenti subjectif reste irremplaçable
Une machine fournit des données. Elle ne fournit pas automatiquement leur signification clinique. En hypnose, cette limite est particulièrement visible parce que l’état étudié comprend une dimension vécue: absorption, dissociation de l’attention, modification de la perception, facilité à imaginer, sentiment de distance par rapport aux pensées habituelles.
Les marqueurs EEG et IRMf peuvent être robustes au niveau d’un groupe sans devenir un test diagnostique individuel. Une différence statistique entre deux conditions expérimentales ne permet pas toujours de classer avec certitude une personne dans une catégorie donnée. Il faut distinguer la valeur scientifique d’un résultat moyen et sa capacité à guider une décision dans une séance particulière.
Le clinicien travaille donc avec plusieurs informations:
- les réponses aux suggestions proposées pendant la séance;
- la capacité à maintenir une image, une sensation ou une consigne;
- les changements de perception rapportés par la personne;
- le degré d’absorption et la qualité de l’attention;
- la possibilité de revenir facilement à une conversation ordinaire;
- le récit formulé après la séance;
- l’objectif thérapeutique recherché.
Cette lecture ne revient pas à opposer subjectif et objectif. Le rapport du patient n’est pas une donnée inférieure par principe. Pour une thérapie fondée sur l’expérience de la personne, il constitue une information clinique centrale. L’EEG peut montrer une évolution du signal; il ne peut pas décider si une douleur a été vécue comme moins envahissante, si une image mentale a gagné en précision ou si une suggestion a trouvé une signification utile.
Deux sujets peuvent obtenir des tracés proches et décrire des expériences différentes. À l’inverse, deux personnes peuvent rapporter une absorption comparable alors que leurs signatures électriques ne sont pas identiques. Cette variabilité n’annule pas les résultats neuroscientifiques. Elle rappelle simplement que la transe n’est pas un objet simple, isolé du langage, de l’attente et du contexte relationnel.
Ce que la mesure change concrètement en cabinet
La connaissance des fréquences cérébrales associées à certains états n’oblige pas le praticien à installer un EEG dans chaque salle de consultation. Elle permet surtout de mieux comprendre ce que les instruments peuvent, ou ne peuvent pas, apporter à la pratique.
D’abord, elle évite de confondre immobilité et transe. Une personne peut rester parfaitement immobile tout en analysant intérieurement chaque phrase. Une autre peut bouger légèrement, ajuster sa posture ou respirer de manière irrégulière tout en étant fortement absorbée. Les signes observables ne sont jamais des preuves isolées.
Ensuite, elle protège contre une conception mécanique de l’induction. Il n’existe pas une vitesse idéale qui ferait passer tout le monde d’une activité bêta à une activité thêta. Certaines personnes entrent rapidement dans une imagerie intense; d’autres ont besoin de davantage de temps, de mouvement, de dialogue ou de repères sensoriels. Une induction plus lente n’est pas forcément meilleure, et une induction rapide ne signifie pas que la transe est plus profonde.
La connaissance de l’EEG aide également à expliquer les résultats sans promettre une précision que la science ne possède pas. Dire qu’une séance peut modifier l’attention et l’activité cérébrale est défendable. Affirmer qu’un praticien sait mesurer exactement la profondeur d’une transe sans instrument validé serait excessif. Affirmer qu’un appareil peut lire directement le degré d’acceptation d’une suggestion serait faux.
Enfin, cette culture scientifique aide à choisir les bons indicateurs. Pour certains objectifs, le changement utile se repère dans le comportement ou dans le récit du patient: diminution d’une réaction automatique, amélioration du sommeil, modification de la relation à une douleur ou capacité à mobiliser une ressource mentale. Ces éléments ne sont pas remplaçables par un seul ratio entre deux bandes de fréquence.
Ce qu’il reste à mesurer
Trois difficultés restent particulièrement importantes.
La première est l’absence d’un biomarqueur EEG unique et universellement validé qui permettrait d’attribuer un score de profondeur à une personne donnée. Les ratios entre bandes, les mesures de connectivité et les indices comme le BIS sont intéressants pour la recherche, mais ils ne constituent pas une échelle clinique universelle de la transe.
La deuxième concerne la variabilité entre individus. Les personnes ne répondent pas toutes de la même façon aux suggestions, ne mobilisent pas les mêmes stratégies d’imagerie et ne présentent pas les mêmes caractéristiques de repos. Même lorsque deux participants obtiennent un score comparable à une échelle de susceptibilité, leur activité électrique peut différer.
La troisième tient au contexte expérimental. Porter un casque d’EEG, rester immobile dans un appareil d’IRM et savoir que son cerveau est observé modifient potentiellement l’expérience. Les résultats obtenus dans un laboratoire ne se transposent donc pas automatiquement à une séance menée dans un cabinet, avec une relation thérapeutique, une histoire personnelle et un objectif précis.
Il faut aussi tenir compte du vocabulaire employé. « Profondeur de transe » peut désigner la réceptivité à une suggestion, l’intensité de l’absorption, la sensation de dissociation, la diminution de la perception extérieure ou la facilité à produire une réponse hypnotique. Tant que ces dimensions ne sont pas définies de la même manière, comparer les études reste difficile.
La mesure scientifique des ondes cérébrales et de l’hypnose progresse, mais elle ne transforme pas encore la transe en variable simple. L’EEG apporte une fenêtre sur l’activité électrique du cerveau sous hypnose. L’IRMf renseigne sur les variations d’activité et de coordination entre réseaux. Les échelles comportementales décrivent la réponse aux suggestions. Le récit du patient donne accès à l’expérience vécue. Ces approches ne se remplacent pas: elles se complètent.
L’hypnose ne se réduit ni au sommeil, ni à un état de veille ordinaire, ni à une succession automatique d’ondes alpha et thêta. Les recherches montrent des configurations cérébrales particulières, mais ces configurations ne constituent pas une signature unique valable pour chaque personne et chaque séance. La question pertinente n’est donc pas seulement de savoir si le cerveau produit davantage de thêta ou si un score BIS diminue. Il faut aussi demander ce que la personne perçoit, comprend, imagine et parvient à transformer.
Mesurer la profondeur de transe reste ainsi un travail à plusieurs niveaux: l’instrument pour objectiver certaines variations, le protocole pour les interpréter, et le ressenti du patient pour leur donner une portée clinique. C’est dans cette articulation, plutôt que dans la recherche d’un chiffre définitif, que se trouve aujourd’hui la mesure la plus rigoureuse de l’hypnose.