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Anorexie mentale : le potentiel thérapeutique de la psilocybine pour les cas résistants

Comme le rapporte Doctissimo, un essai pilote mené au Centre for Psychedelic Research de l'Imperial College London a testé la psilocybine — la substance active des « champignons magiques », ici…

mis à jour 17 août 2026

Anorexie mentale : le potentiel thérapeutique de la psilocybine pour les cas résistants

Ce qui se joue quand le regard s'éteint

Vous reconnaissez sûrement cette sensation: celle d'avoir tout essayé, nutrition, suivis, hospitalisations, et de sentir encore la maladie plus forte que vous. Quand l'anorexie s'installe depuis des années, chaque repas reste un combat, et la culpabilité s'invite à chaque pas en avant comme à chaque pas en arrière. Une équipe britannique a justement travaillé avec des femmes que les soins habituels ne parvenaient plus à stabiliser. Comme le rapporte Doctissimo, un essai pilote mené au Centre for Psychedelic Research de l'Imperial College London a testé la psilocybine — la substance active des « champignons magiques », ici formulée sous le nom pharmaceutique COMP360 — chez des patientes pour qui l'anorexie ne lâchait rien.

Un cadre très encadré, pas une expérience solitaire

Vingt-et-une femmes, âgées de 23 à 52 ans (en moyenne 32 ans), vivaient avec ce trouble depuis environ onze ans. Leur IMC moyen atteignait 16,4, bien en dessous du seuil de 18,5 considéré comme le minimum pour rester en sécurité. Les chercheuses et chercheurs n'ont pas simplement donné une substance: ils ont construit un vrai protocole thérapeutique. Trois prises de psilocybine orale sur six semaines — une très faible dose de 1 mg d'abord, puis deux doses de 25 mg espacées de deux semaines — entourées chacune d'une séance de préparation la veille et d'un temps d'intégration le lendemain, soit une cinquantaine d'heures de contact thérapeutique au total. Le travail s'est déroulé à la NIHR Imperial Clinical Research Facility, avec une psychothérapie familiale centrée sur les émotions combinée à un regard systémique, et l'appui d'une personne de soutien pour chacune.

L'essai, publié en 2026 dans le British Journal of Psychiatry, visait avant tout la faisabilité et la sécurité. Sur les 107 effets indésirables recensés, la majorité restait légère ou modérée, surtout des céphalées (37,3 %) et des nausées (25,2 %). Une participante a tenté de se suicider sept puis neuf mois après la fin du protocole, événement que l'Imperial College London a jugé « peu probablement lié » à la psilocybine, le risque suicidaire étant déjà très élevé dans l'anorexie sévère.

Ce que cet essai change pour vous, concrètement

Ce travail est encore minuscule — 21 patientes, pas de groupe contrôle, suivi d'un an — donc la prudence reste de mise. Mais trois choses méritent d'être retenues si la question vous touche, que vous soyez patiente, proche ou professionnel de l'accompagnement.

D'abord, le protocole insiste sur ce que nous voyons aussi dans notre pratique à Lille: la substance seule ne fait rien. Ce qui compte, c'est le contenant — la préparation, la présence, le temps d'intégration. Que vous soyez déjà suivie ou en recherche de pistes, c'est le premier repère à garder en tête: aucun outil, qu'il s'agisse de psilocybine, d'hypnose ou de pleine conscience, ne remplace la qualité du lien thérapeutique ni le rythme qu'on vous laisse.

Ensuite, la piste psychédélique reste, en France, hors du cadre légal pour cette indication. Aucune molécule n'est aujourd'hui approuvée spécifiquement pour l'anorexie, et les thérapies standards échouent à stabiliser durablement environ 20 à 30 % des patientes. Si vous êtes dans cette impasse, il existe des leviers concrets que vous pouvez explorer dès maintenant: les thérapies familiales centrées sur les émotions, mentionnées dans l'essai, sont validées par la recherche et accessibles, tout comme les approches par l'hypnose ericksonienne qui travaillent la relation au corps et à la nourriture autrement que par le contrôle.

Enfin, le délai entre la fin des prises et la survenue des tentatives de suicide rappelle un point essentiel: un mieux-être ressenti ne met pas à l'abri des rechutes, surtout quand le trouble dure depuis l'adolescence. Maintenir un suivi régulier, même quand « tout va mieux », fait partie du chemin de guérison.

Pour les habitantes et habitants de Lille et de sa métropole, rappelons que l'hypnose ericksonienne offre un espace pour travailler ce qui se joue sous le symptôme alimentaire — la place du corps, la honte, le lien aux autres — en complément d'un suivi médical et psychiatrique adapté à la sévérité du trouble.